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QUEL CLOONEY TUE ?

18 mars 2014

The Monuments Men

 

Pas simple de programmer un cinoche en famille lors d’un week-end bourguignon. En effet le Cap Cinéma de Beaune, bel établissement s’il en est, nous laisse assez peu de choix tant la programmation est précisément « familiale ». Une grosse négo s’engage mais à force de persuasion, nous parvenons à éviter la suite de « 300 », déjà réputée plus crétine que le premier volet (une performance), et l’improbable duo Kevin Adams/ Franck Dubosc, capables à deux de faire sans doute pire que les Inconnus à trois. Miraculeusement, tout le monde a déjà vu « the Grand Budapest Hôtel », le meilleur film du mois, voire du trimestre, si bien que nous tombons finalement d’accord sur le « Monuments Men » de G. Clooney, en VF, il ne faut quand même pas trop en demander. Un contexte historique toujours enrichissant pour des ados pas forcément curieux de ce qui s’est passé avant l’an 2000, une idée de départ excitante, un casting de ouf, un acteur/cinéaste précédé d’une réputation relativement flatteuse…autant de raisons d’y aller confiant, certain de passer un moment sinon captivant, au moins agréable. Tout faux.
 

Monumentale déception

Tout dans ces 118 mn est au final mauvais pour ne pas dire ridicule. Au-delà du discours consensuel et très répétitif de départ (l’art est majeur pour l’humanité et la sauvegarde du patrimoine culturel et historique justifie des sacrifices…), « Monuments Men s’avère un film amidonné et congestionné au dernier degré par des dialogues lourdingues, une mise en scène poussiéreuse et figée dans un travail de reconstitution hyper théâtral. Résultat : un film pataud qui peine à instaurer une continuité dramatique en s’éparpillant bien trop souvent dans des scènes inutiles voire carrément ineptes, quand il ne verse pas carrément dans le sentimentalisme creux (même celles avec l’excellent Bill Murray qui s’improvise pacifiste grâce à un paquet de clopes ou verse sa larme sous la douche en entendant sa famille lui entonner un chant de Noël pré-enregistré sur 78 tours).

Loin d’arriver à la cheville de « Il fait sauver le soldat Ryan » dont il s’inspire pourtant grossièrement à plusieurs reprises, « Monuments Men » manque cruellement du souffle qui aurait été de mise pour retracer l’entreprise de ces hommes d’exception. C’est à peine si l’on saisit la détermination et la cohésion du groupe dans ce film qui ne parvient jamais à susciter la moindre émotion, même lorsque deux des membres du commando se font trucider.

A ce titre, l’agonie de Jean Dujardin, pourrait bien, tant elle sonne faux, égaler celle de Marion Cotillard dans le dernier Batman. D’une rare indigence, Loulou arbore son sourire Colgate OSS et représente sans doute la blague de trop d’un film que l’on peine à prendre au sérieux. Car en plus, Clooney s’essaie à démystifier l’histoire en adoptant un ton léger et badin, qui tourne à vide à force de sonner faux.

Même la « love story » du film fait flop. Quel mâle normalement constitué mettrait un vent, à l’instar de Matt Damon, à la sublime Cate Blanchet, qui lui propose de passer la nuit avec elle? Définitivement pas crédible.

Passons sur ce casting royal très sous-utilisé et une bande-son guillerette insupportable. Contrairement au soldat Ryan, il n’y a malheureusement pas grand-chose à sauver dans le dernier long métrage de l’égérie de Nespresso.

Georges, what else ?

Ce constat effectué, revenons-en à la réputation peut-être trompeuse de M. Clooney. Le beau gars révélé par la série Urgences a certes connu des débuts laborieux au cinéma.

Le retour des tomates tueuses

Image du film : « Le retour des tomates tueuses »

Fin des années 80, il tourne dans ‘Le retour des tomates tueuses » et d’autres séries Z du même acabit. Il faut attendre le succès d’Urgences pour qu’on lui propose des premiers rôles notables. La ligne Rouge ou les Rois du désert par exemple. Mais c’est surtout son pote Soderbergh qui le lance avec la série « Ocean ». Il faut lui reconnaitre ensuite de bons films en tant qu’acteur : Syriana, Michael Clayton, trois films (mineurs) avec les frères Coen, In the air, le très plastique « The American », ou il est plutôt BG, il faut le reconnaître, et assez bizarrement deux grands films de SF : Solaris et plus récemment le célèbre Gravity.

C’est toujours son copain Steven Soderbergh, avec lequel il créé sa boite de prod en 2000, au moment où le cinéaste américain était encore considéré comme un grand artiste politique, qui donne à l’ami Georges l’image d’un auteur ambitieux et engagé. En 2005, Good Luck and Good Luck, son second film en tant que réalisateur, critique des années noires du Maccarthysme en pleine période Bush bashing, est plutôt une réussite. George Clooney devient le Che Guevara d’Hollywood, des zones en guerre et des dîners de charité mondains. 6 ans plus tard, il sort « Les Marches du pouvoir », film agréable quoique très didactique et bien moins incisif que « Primary colors » dont ils s’inspire à l’excès. Jusqu’à ce « Monuments Men » indigeste qui semble confirmer toute la fadeur de ses ambitions artistiques et un goût consommé pour le cinéma de papa des années 70 (les films dossiers, ou films à thèse à la Lumet ou Costa-Gavras, avec le talent en moins et sans chercher à actualiser ce genre démodé depuis longtemps.

 

Coincidence des dates, « Diplomatie » est à l’écran en cette première quinzaine de mars 2014. Même période, été 44, thème étrangement similaire car ici il s’agit de sauver non pas seulement des œuvres, mais le Louvre, la ville et la population qui vont autour.

diplomatie

Image du film : « Diplomatie »

Tiré de la pièce éponyme de Cyril Gély, Volker Schlöndorff réussit un hui clos captivant, servi par un duo d’acteurs grandiose. Le grand film qu’aurait pu être Monuments Men si Clooney avait eu l’étincelle nécessaire.

Par Michel Sorine

Directeur associé

Sportif du dimanche et directeur de clientèle  la semaine, il est aussi concepteur-rédacteur à ses heures, ça le détend.

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